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3 questions à Eric Plaisance

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Eric Plaisance, Professeur émérite de l’Université Paris Descartes et Sociologue au Centre de recherche sur les liens sociaux (CERLIS) 

Le 28 mars prochain, lors de la cérémonie des Lauréats du CCAH, Éric Plaisance participera à un temps d’échange intitulé « Quelle société inclusive pour demain ? ». Il apporte dès aujourd’hui des éléments de réponse sur cette question.
 
1- La notion d’inclusion est très souvent employée sur les questions relatives à la place des personnes handicapées dans la société. Comment la définiriez-vous en quelques mots ?
 
Cette notion est nouvelle en français dès lors qu’elle s’applique à des personnes ou à des groupes. Traditionnellement, on parlait d’inclusion pour des choses. Elle provient de l’anglais et a permis de re-conceptualiser les actions en direction des personnes en situation de handicap. C’est l’affirmation des droits de toute personne d’accéder aux institutions destinées à tous et aux services communs, quelles que soient ses éventuelles particularités. Elle a mis l’accent non plus sur les déficiences repérées selon des diagnostics médicaux ou psychologiques (qui conservent leur validité à leur propre niveau) mais sur le rôle des divers contextes de vie non seulement dans la genèse de difficultés, comme cela a été montré depuis longtemps, mais surtout dans la définition même du « handicap ». Celui-ci prend désormais sens dans des situations et non plus en soi. Il est relativisé. La même personne avec les mêmes caractéristiques est ou non « en situation de handicap » selon les conditions qui lui sont faites. D’où cette attention aux limitations d’accès des personnes aux lieux de vie et aux difficultés de participation aux espaces communs.
 
 2 – Quelle distinction faites-vous entre inclusion et intégration ?
 
L’intégration est une notion qui a d’abord été largement employée à propos des populations issues de l’immigration et qui visait en fait leur assimilation aux normes et aux modes de vie de la population française. Elle a aussi été utilisée pour appuyer la politique scolaire à la suite de la loi de 1975 intitulée « en faveur des personnes handicapées ». L’intégration scolaire devait faciliter la présence des enfants handicapés dans les écoles ordinaires et le décloisonnement des institutions spéciales. Elle se définissait comme intégration individuelle (en classe ordinaire) et comme intégration collective (en classe spécifique de l’école ordinaire). Les critiques ont été nombreuses à l’égard de la faiblesse d’application de l’intégration en classe ordinaire. D’où l’utilisation ultérieure de la simple expression de « scolarisation », le plus  possible dans le milieu ordinaire, puis, plus récemment, de celle d’inclusion. Pour certains observateurs, l’intégration serait seulement une réforme dans la continuité du spécial et les enfants accueillis auraient seulement un statut de « visiteurs » et non celui de membres à part entière de l’institution. Ils resteraient en quelque sorte sur le seuil, dans un entre deux. Le renversement de l’intégration vers l’inclusion serait ainsi un renversement des rapports entre les enfants handicapés et les institutions ordinaires d’accueil. Ce ne serait plus aux enfants de s’adapter aux normes scolaires mais, au contraire, aux dispositifs scolaires et aux pratiques pédagogiques de s’adapter à la diversité des élèves.
 
 3- Selon vous, dans quels domaines la société française doit-elle faire des efforts pour être plus inclusive ?
 
Un pas de plus est visiblement d’appliquer la notion d’inclusion, sous forme d’un adjectif, à la société dans son ensemble. Dans les expressions les plus utilisées aujourd’hui, elle s’oppose à exclusion. Mais il convient d’être attentif : autant on peut repérer des faits ou des situations qu’on peut qualifier d’exclusion (ou, mieux formulé, des situations « de désaffiliation », selon le sociologue Robert Castel), autant parler de « société inclusive » implique un  projet de société, une vision d’avenir. Il ne s’agit plus de constater mais d’entrer dans une prospective d’action. C’est à dire pour construire une société ouverte aux différences, permettant à chacun d’y trouver sa place dans sa spécificité. En même temps, cela implique des formes de lutte contre les discriminations, les stigmatisations, le rejet de l’autre. Les exemples sont nombreux, trop nombreux. Rendre accessibles les lieux publics communs non seulement du point de vue de la motricité mais aussi pour les perceptions visuelles et auditives et les facilitations imagées. Faire en sorte que les établissements scolaires (et jusqu’aux universités) accueillent et forment les élèves avec « besoins éducatifs particuliers ». Permettre les accompagnements et les aides nécessaires pour les personnes qui en ont besoin. Transformer les formations de tous les professionnels pour qu’ils soient plus attentifs aux diversités humaines…. Et l’on voit bien que cette dernière perspective engage une « révolution culturelle », une transformation profonde des manières d’être et de faire.
 

Eric Plaisance / Interview CCAH par CCAHandicap
 

1 commentaire à “3 questions à Eric Plaisance”

  1. THEO Philippe et CARPENTIER Patrick

    Permettre les accompagnements et les aides nécessaires pour les personnes qui en ont besoin.
    Le rôle d’un enseignant est d’accueillir la diversité car l’homme est un sujet complexe et chaque être est différent.
    Je ne parlerais donc plus de besoins éducatifs particuliers car on est déja avec ce terme dans la stigmatisation.
    Je milite pour l’accueil de tous en fonction de la singularité de chacun.

    Très cordialement.
    Philippe THEO
    Directeur de CMPP

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