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3 Questions à Patrick Gohet

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Inspecteur général des affaires sociales, animateur du groupe « Avancée en âge des personnes handicapées »

 
 
1. Quelles sont les conclusions du groupe de travail « Avancée en âge des personnes handicapées » que vous avez animé à la demande des ministres Michèle Delaunay et Marie-Arlette Carlotti ?
 
Alors que l’espérance de vie des personnes handicapées s’allonge comme pour l’ensemble de la population, cette question n’a pas, jusqu’à ce jour, donné lieu à une véritable politique globale et planifiée. Les analyses et les préconisations du groupe devraient le permettre. Il s’agit de mettre en place une stratégie fondée sur une approche positive du vieillissement. C’est pourquoi le groupe a d’emblée décidé, sans nier les réalités du phénomène, de parler d’avancée en âge.
Elle peut s’accompagner de l’accroissement du handicap d’origine ou de l’apparition d’autres handicaps. Elle doit donc être anticipée, c’est-à-dire inscrite dans les projets d’établissement et individuels, ainsi que dans les plans de compensation, en tenant compte du fait que les uns vieillissent à domicile et les autres en institutions. Il s’agit, en les adaptant, d’appliquer les recommandations ordinaires relatives au mode de vie : alimentation, activités physiques…
Il faut prévenir les ruptures et organiser les transitions, par exemple entre l’activité professionnelle et la retraite. A cet égard, des formules comme l’accueil temporaire doivent être soutenues et développées. Il est également indispensable de repérer l’apparition de la fragilité qui caractérise le vieillissement afin de mieux l’accompagner. Il faut se préoccuper de la situation des aidants, notamment familiaux, qui avancent en âge eux aussi.
Pour répondre aux besoins des personnes handicapées qui avancent en âge, l’offre médico-sociale et sanitaire doit être adaptée, qu’il s’agisse de l’introduction du temps partiel en ESAT, du recours à des activités de substitution de nature plus occupationnelle, de la mise en place d’unités spécialisées en EHPAD, de l’accueil dans les mêmes lieux de personnes handicapées âgées et de leurs parents très âgés, de la coopération de proximité entre EHPAD et maisons d’accueil pour personnes handicapées âgées…
Tout ça doit se faire dans le respect d’une éthique rigoureuse : écoute des aspirations des personnes, recherche de leur consentement, prévention de toute forme de maltraitance, adaptation des accompagnements et des soins…
 
 
2. Selon vous, quelles sont les priorités d’action à mener au cours de ces prochaines années ?
 
Les réponses aux besoins des personnes handicapées âgées sont nécessairement adaptées, évolutives et durables. Des conditions sont à remplir pour y parvenir. Tout d’abord, simplifions les procédures d’accès aux diverses solutions. Ensuite, coordonnons davantage les acteurs qui doivent coopérer: les services de l’Etat et ceux des départements ; les multiples intervenants comme les CLIC, les MAIA, les MDPH, les territoires de ceci, de cela…
Autre impératif, la formation initiale et continue des professionnels qu’il faut adapter en y intégrant de manière plus explicite cette question de l’avancée en âge.
 
 

3. Notre époque est marquée par l’assèchement des ressources publiques. Dans ces conditions, où trouver les ressources pour constituer une offre de services et de solutions d’accueil de qualité ?

 
Le groupe de travail que j’ai eu l’honneur d’animer n’a pas hésité à s’interroger sur les efforts de mutualisation des moyens, notamment de ceux destinés aux personnes handicapées et aux personnes âgées. Incontestablement, on observe des similitudes dans leurs besoins. Il ne s’agit pas de les confondre, mais de travailler sur les convergences possibles. D’ailleurs, la loi de 2005 en avait retenu le principe en prévoyant la levée de la fameuse barrière d’âge des 60 ans.
Dans le même ordre d’idée, l’évolution des MDPH vers des MDA a retenu l’attention du groupe. Ce qui est clair c’est que les personnes handicapées et les parents sont foncièrement attachés à une organisation qui garantisse leur participation aux décisions qui les concernent.
Pour finir, il est évident que les structures d’accueil existantes et les services d’aide à domicile doivent s’adapter à l’avancée en âge des personnes handicapées. Il est tout aussi évident que des solutions supplémentaires devront être créées. Ce sera le travail du groupe de suivi de nos préconisations, dont nous demandons la constitution, que d’y contribuer.
Enfin, je tiens à remercier les membres du CCAH pour la part qu’ils ont prise dans la création du film réalisé par Olivier Le Mab, illustration indispensable pour comprendre les observations et les propositions du groupe.

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